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Este Blogue é um estudo da Associação Projecto Raia Alentejana e tem como objectivo a discussão da violência em geral e da guerra na Pré-História em particular. A Arqueologia da Península Ibérica tem aqui especial relevo. Esperamos cruzar dados de diferentes campos do conhecimento com destaque para a Antropologia Social. As críticas construtivas são bem vindas neste espaço, que se espera, de conhecimento.

Guerra Primitiva\Pré-Histórica
Violência interpessoal colectiva entre duas ou mais comunidades políticas distintas, com o uso de armas tendo como objectivo causar fatalidades, por um motivo colectivo sem hipótese de compensação.


Thursday, 9 September 2010

Du rififi chez les hommes préhistoriques

Romain Pigeaud
in La Recherche

Neandertal connaissait la bagarre... et l'infirmerie
Du rififi chez les hommes préhistoriques

Il y a environ 36 000 ans, un homme de Neandertal a reçu un coup violent qui lui a fracturé le crâne : c'est l'un des premiers témoignages de violence entre humains. Mais ce squelette révèle aussi l'un des plus anciens actes de solidarité : le blessé a été soigné et assisté le temps d'être remis sur pied.

L'homme de Neandertal découvert en 1979 à Saint-Césaire, en Charente-Maritime, n'en finit pas d'être tiraillé dans des controverses scientifiques sur la sauvagerie et l'humanité des hommes préhistoriques. Dès 1981, François Bordes, de l'université Bordeaux-I, proposa que ce squelette incomplet, trouvé dans une fosse au milieu de restes animaux, constituait les restes d'un repas consommé par des hommes modernes, nos ancêtres Cro-Magnon, qui auraient chassé là le néandertalien comme ailleurs le renne ou le mammouth(I). Avec cet individu, on avait en effet retrouvé des outils caractéristiques de la culture châtelperronienne(1), ce qui heurtait profondément les convictions établies : la majorité des préhistoriens pensait que cette culture, dont on retrouve en France des vestiges de 36 000 à 30 000 ans environ, avait été produite par l'homme de Cro-Magnon. La forme et la complexité des outils du Châtelperronien, ainsi que la présence d'objets de parure tels que des perles - considérées à l'époque comme trop « évoluées » pour des néandertaliens - rattachent en effet cette culture au Paléolithique supérieur.

Bernard Vandermeersch, à l'époque à l'université Paris-VI, a depuis fait justice de l'hypothèse cannibale, en démontrant que le squelette ne présentait aucune trace de découpe(2). En outre, en 1996, Jean-Jacques Hublin, aujourd'hui à l'université Bordeaux-I lui aussi, et ses collègues ont conclu qu'un morceau d'os temporal découvert par André Leroi-Gourhan au début des années 1960 dans un autre site châtelperronien, la grotte du Renne, à Arcy-sur-Cure dans l'Yonne, avait également appartenu à un néandertalien(3). L'homme de Saint-Césaire a donc été accepté au fil des années comme l'une des principales preuves que les néandertaliens avaient suivi, peu avant leur disparition il y a environ 30 000 ans, une évolution culturelle homologue à celle des Cro-Magnons. La tendance actuelle est d'ailleurs à une réhabilitation de Neandertal comme un être intelligent et sensible : n'enterrait-il pas déjà ses morts ? A Shanidar, en Irak, il aurait même déposé des fleurs dans une tombe(4).

Fracture du crâne. La violence vient toutefois de resurgir à propos du néandertalien de Saint-Césaire. En examinant son crâne à l'aide d'une reconstruction assistée par ordinateur, Christoph Zollikofer et Marcia Ponce de Leon, de l'institut d'anthropologie et du laboratoire multimédia de l'université de Zurich, ont découvert une fracture de 68 millimètres de long dans la voûte crânienne(5) (page suivante). Cette fracture serait due à un coup porté par un objet pointu.

Violence volontaire. On savait déjà que la vie de chasseur-cueilleur au Paléolithique n'était pas de tout repos, et que peu d'individus devaient vivre au-delà de 45 ans. Ce n'est pas la première fois que les anthropologues relèvent des signes de blessure chez des hommes préhistoriques. Le premier spécimen de néandertalien, retrouvé en 1856 dans la grotte de Feldhofer, en Allemagne, porte une fracture, ressoudée, du cubitus gauche. A Shanidar un autre néandertalien, d'environ 50 000 ans, présentait des fractures cicatrisées de la tempe gauche (ce qui l'avait rendu borgne) et du bras droit (devenu atrophié et inutilisable) ; il était aussi probablement manchot du côté droit (les os de la main et de l'avant-bras manquent). Plus anciennement, un jeune Homo erectus de 500 000 ans, trouvé sur le site de Sangiran, à Java, présentait une fracture de la mâchoire, elle aussi reconsolidée (ci-dessus, à droite).

Mais l'homme de Saint-Césaire est un cas particulier : c'est le seul exemple indiscutable de violence volontaire au Paléolithique. La forme de l'impact exclut en effet qu'il soit dû à une chute accidentelle ou à un animal : l'individu était debout lorsque son crâne a été heurté. « On » lui a tapé sur le crâne. Qui ? Un envahisseur Cro-Magnon ? Un néandertalien d'un clan opposé ? Un « frère » de la même bande ?

Simultanément, l'homme de Saint-Césaire témoigne aussi d'une certaine douceur dans ce monde de brutes. Sa fracture s'est en effet cicatrisée, et il a donc survécu à sa blessure au moins quelques mois sans qu'elle ne s'infecte. La sévérité du coup porté avait pourtant probablement entraîné une forte hémorragie, une commotion cérébrale, voire le coma. Un héros d'Homère se serait soigné tout seul. Mais il est plus raisonnable d'envisager que celui-là a été secouru et pris en charge par son groupe.

De même les congénères de l'Homo erectus de Sangiran à la mâchoire brisée l'ont probablement aidé à survivre en lui fournissant de la bouillie au cours de sa convalescence. Et sur le site de Bau de l'Aubesier, dans le Vaucluse, il y a environ 180 000 ans, un autre néandertalien, souffrant d'infections dentaires qui lui avaient déchaussé les dents, aurait été maintenu en vie de la même façon(6). Enfin, outre ses multiples fractures, l'individu de Shanidar présentait des dégénérescences pathologiques du pied droit et du bas de la jambe droite. Autant dire qu'il était inapte à la chasse. Et pourtant, il a survécu et est mort relativement âgé pour l'époque, à plus de 30 ans. C'est donc qu'il a été soigné, puis assisté.

Paradis perdu ? Une conjonction de violence et de solidarité s'impose donc progressivement dans notre conception des sociétés paléolithiques. Devons-nous nous en étonner ? Dans la nature, les querelles au sein d'une même espèce sont monnaie courante. Il suffit de penser aux combats des cerfs à la saison des amours ou aux querelles des hyènes autour des charognes. Le comportement agressif permet aussi, selon l'éthologiste Konrad Lorenz, d'éviter la trop grande présence d'une même espèce sur un territoire, donc un épuisement des réserves alimentaires. Les poissons de corail, par exemple, font preuve d'une grande agressivité uniquement à l'encontre de leurs congénères qui s'approchent trop de leur trou.

La solidarité de groupe n'est pas non plus spécifique à l'être humain. Comme le remarquait encore Lorenz : « Quelques-uns des oiseaux et des mammifères les plus intelligents et les plus sociables réagissent d'une façon très dramatique à la mort subite d'un des membres de leur espèce. Les oies cendrées restent, les ailes étendues et en sifflotant, auprès d'un ami mourant pour le défendre(7).»

Pourquoi alors semblons-nous surpris d'apprendre, par exemple, qu'à Krapina, en Croatie, ou dans la Baume de Moula-Guercy, en Ardèche, des néandertaliens auraient mangé leurs semblables ?(II) Qu'à Saint-Césaire, un homme fut brutalisé par un autre ? Et à l'inverse, que parfois les hommes de la Préhistoire pouvaient faire preuve d'« humanité » ? Peut-être parce que ces découvertes nous empêchent d'avoir une vision tranchée et réconfortante de notre passé, paradis perdu ou époque de barbarie à jamais révolue. Les actes de nos ancêtres rentrent dans le cadre normal des processus de la sélection naturelle, où une pulsion d'agressivité est aussi nécessaire qu'un instinct d'entraide collective. Et nous ne sommes, du coup, pas meilleurs qu'eux, comme nous voudrions le croire.

Romain Pigeaud

1) F. Lévêque, L'Homme de Neandertal, vol. VII : « L'extinction », Liège, Eraul n° 35, 1989.

(2) B. Vandermeersch, Bull. et Mém. de la Soc. d'Anthropologie de Paris, 1, XIV, 191, 1984.

(3) J.-J. Hublin et al., Nature, 381, 224, 1996.

(4) A. Leroi-Gourhan, Paleorient, 24, 79, 1998.

(5) C. P. E. Zollikofer et al., PNAS, 99, 6444, 2002.

(6) S. Lebel et al., PNAS, 98, 11097, 2002.

(7) K. Lorenz, L'Agression, Flammarion, 1996.

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